Le jour où on m'a diagnostiqué une tumeur

"Je ne pense pas que vous vous rendez compte de la gravité de la situation". Ces paroles prononcées par le Pr Raftopoulos, chef du service de neurochirurgie et médecin à la renommée internationale, sont gravées dans ma mémoire. Ce sont les premiers mots qui nous ont été adressés à Clémence et moi, le 20 juin 2003, quand je suis entré dans une chambre d’hôpital à Saint-Luc. Venus pour nous soutenir, mes parents et ma belle-famille restaient silencieux, le souffle coupé. Trois jours plus tôt, un docteur du CHR avait distingué une "tâche" sur un scanner de mon cerveau.
 

Avant le diagnostic
Je souffrais de migraines depuis déjà cinq ans. A cela s’étaient progressivement ajoutés des pertes d’équilibre, des problèmes de surdité et des troubles de la vue. J’étais habitué à croquer des aspirines effervescentes 6 ou 7 fois par jour.
En tant que croyant, j’avais bien sûr demandé la guérison à Dieu. Je faisais cette prière régulièrement… Puis une nuit, réveillé par la douleur, j’ai pensé : "puisque Dieu existe et qu’Il entend ma prière, il y a certainement une raison pour laquelle ma demande n’est pas exaucée". Mes maux de tête me sont soudain apparus non plus comme le problème mais comme un signal d’alarme lancé par mon corps. J’ai alors prié différemment, demandant au Seigneur de révéler la "cause" de ces migraines.

Le verdict tombe
Je suis allé passer un scanner et il s’est avéré qu’une tumeur se développait dans mon cerveau. J’avais 22 ans, juste marié, jeune prof… et voilà qu’on me diagnostique une tumeur au cerveau! Si c’était la bande-annonce d’un film, ce serait certainement un drame. Et pourtant… A travers ces événements, Clémence et moi avons pu expérimenter la fidélité de Dieu et la constance de sa présence.
J’ai été rapidement hospitalisé à Bruxelles. On m’a examiné pendant deux semaines, et chaque jour, on m’expliquait avec un peu plus de précision que la tumeur était mal située : elle était appuyée sur le tronc cérébral, là où les nerfs s’entremêlent avant de passer dans la colonne vertébrale. L’opération s’annonçait donc difficile, et les médecins qui me suivaient étaient pessimistes: ils m’avaient préparé à souffrir d’une paralysie du visage ou carrément d’une paralysie totale du corps… On m’a également fait comprendre qu’il fallait peut-être que je me prépare à mourir. Pouvez-vous imaginer cette situation ? Jusque là, je m’étais consacré entièrement à mes études pour briller ; j’avais poursuivi mes ambitions, négligeant ma jeune épouse, dans le but d’obtenir un diplôme enviable. Mon univers et mes rêves étaient dans le succès intellectuel. Je savais que mes efforts payaient et je pensais orgueilleusement être devenu quelqu’un d’important. Et en un rien de temps, je me retrouvais dans une clinique universitaire, dans le même couloir que beaucoup de gens dont la vie était brisée par de graves maladies du système nerveux…

Roland
Mon premier voisin de chambre s’appelait Roland. Avant d’être cloué au lit par le syndrome de Guillain-Barré, il travaillait dans la capitale pour Médecins sans frontières. Chaque jour, cet homme de 40 ans gravissait en courant les marches de son immeuble ; il parlait 4 langues, avait voyagé partout dans le monde pour soigner les gens et s’il n’avait pas besoin d’aide respiratoire pour survivre, c’est parce qu’il avait eu jusque là une excellente condition physique. Un matin, j’ai été gêné de sangloter devant lui après que les médecins m’avaient expliqué les conséquences possibles de l’opération. Mais Roland me rassura et m’avoua doucement que beaucoup de larmes avaient été versées dans notre chambre. Il arriva plusieurs fois que les infirmiers durent intervenir en urgence la nuit parce que Roland était occupé de s’asphyxier. Plus tard, il fut transféré dans une autre clinique et je ne le revis plus jamais.

D'autres patients
On m’a alors installé dans la chambre d’un homme devenu aveugle parce que quelqu'un lui avait tiré un coup de feu dans la tête en braquant sa bijouterie. Ce vieil arménien, qui ne parlait pas français, apprenait à vivre ainsi.
Et il y avait aussi un jeune garçon complètement paralysé, certainement suite à un grave accident. Les infirmiers l’installaient souvent dans la salle de séjour de notre étage. Il y passait de longs moments, sanglé sur une civière redressée pour qu’il puisse regarder la fenêtre. Sa petite amie lui prenait la main et restait à côté de lui, silencieuse.
Si je n’avais pas saisi la gravité de la menace qui pesait sur ma vie, la situation des autres malades aurait suffi à me terroriser. Et pourtant, croyez-moi, j’ai expérimenté une paix qui dépasse l’intelligence. Jésus, mon Seigneur, était à mes côtés, avec moi dans cette chambre d’hôpital.
Ma confiance ne venait pas de la foi que l’opération serait une réussite. Non : j’étais confiant car rien ne pouvait m’arriver. Si je mourais, j’allais au Ciel auprès de mon Sauveur. Si j’étais handicapé, Il serait encore avec moi pour continuer sur ce chemin difficile. Et si je me remettais, là encore Il m’accompagnerait.

Une longue opération
Le matin où on est venu me chercher pour partir en salle d’opération, je ne craignais rien et j’ai dit à Clémence, avant d’être emmené: « j’ai la foi ».
Il a fallu 22 heures au neurochirurgien et à ses assistants pour enlever de mon crâne la tumeur qui s’y était logé! Après la première journée d’opération, l’équipe médicale était très incertaine; ça ne se passait pas bien. On ne savait pas si j’allais passer la nuit : le médecin avait dû boucher une artère de mon cerveau pour que le sang cesse de couler. Mes proches, qui avaient attendu toute la journée de savoir si l’intervention était réussie, furent renvoyés chez eux en se demandant si je survivrais.
Heureusement, je suis resté en vie, et après une deuxième journée d’opération, j’ai été conduit aux soins intensifs, relié à tout un circuit de tuyaux. Suite à cette opération où l’on avait ouvert mon crâne, j’ai développé une méningite… mais là encore, le Seigneur me tenait dans ses bras d’amour et me protégeait de l’angoisse et du pessimisme. Combien je peux le remercier aujourd’hui, non seulement d’avoir conduit les mains du neurochirurgien et de chacun des infirmiers auxquels j’ai eu affaire, mais encore d’avoir enraciné en moi sa paix tout au long de cette tourmente!

La convalescence et après...
Les journées qui ont suivi l’intervention furent éprouvantes car je souffrais beaucoup. J’étais incapable de marcher et de faire des mouvements coordonnés avec ma jambe et mon bras gauche. Je ne pouvais plus lire car ma vue était trop trouble. Sous l’effet de la longue anesthésie et des antidouleurs, je me sentais comme un bébé dépendant des soins des infirmières auxquelles je m’étais fort attaché. Mon souffle de vie ne m’avait jamais paru si fragile. Dans mes longs moments de demi-sommeil, je pensais que je ne survivrais pas et je me préparais paisiblement à rejoindre Jésus. Mais le moment n’était pas encore venu! Et progressivement, je me suis senti animé d’une puissante volonté de vivre.
Ce moment précis de mon existence était comme une renaissance. Tout me semblait nouveau et délicieux : la joie de remarcher, de retrouver peu à peu l’usage de tous mes membres, de goûter la nourriture de l’hôpital... Je jouissais de cette nouvelle vie comme d’un cadeau de Dieu. J’étais si motivé pour les séances de kiné et d’ergothérapie que je pus quitter l’hôpital après trois mois de rééducation. Bien sûr, j’étais très affaibli mais des circonstances dirigées par Dieu ont fait que j’ai repris le travail dès le mois de septembre suivant.   
Moins de trois mois après l’opération, Clémence est tombée enceinte de notre premier enfant ; Julia est née pile une année après le jour où un scanner a révélé que j’avais cette tumeur !
Près de dix ans après ces événements, je peux dire que j’ai ressenti comme jamais la présence de Dieu à mes côtés alors que les médecins me préparaient au pire. J’ai également vu de mes yeux que Dieu n’avait rien laissé au hasard: le couple qui a accueilli Clémence, par exemple, habitaient à seulement quelques minutes à pieds de l’hôpital. Ces amis que nous avions rencontrés durant nos études ont proposé de prendre Clémence chez eux dès qu’ils ont appris que j’étais à Saint-Luc. Ils se sont occupés d’elle pendant plusieurs journées entières d’angoisse. Ils lui remontaient le moral, lui préparaient ses repas et me rendaient visite chaque jour. Dieu savait bien à l’avance ce que nous traverserions et il m’est permis de penser qu’il nous avait préparé ce précieux soutien. Si notre chemin a croisé celui d’Alison, notre amie, quelqu'un était aux commandes. Et quand nos amis ont décidé de s’installer dans cet appartement à Kraainem, était-ce un hasard? Qui contrôlait tout ça, sinon celui qui veille à ce que tout concoure au bien de ses enfants? Il y a eu tant de "coïncidences" autour de nous durant cette épreuve que je ne peux douter que Dieu contrôle tout jusque dans les moindres détails.
Je crois que je n’aurai jamais fini de déchiffrer l’impact bénéfique de cet événement dans mon existence. A travers cette épreuve, j’ai été complètement transformé. Je suis devenu beaucoup plus émotif mais aussi plus attentif aux autres, plus fragile physiquement mais plus fort en tant que mari, papa et ami… Et surtout, je sais par expérience que Dieu m’aime, qu’Il est avec moi et qu’Il fait de mes accidents des bénédictions.  


 

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